Tadjikistan (Pamir Highway 1/3)

Sorte de pérégrination dans ces hauts lieux mythiques remplis d’Histoire qui ont inspirés les grands écrivains comme Kipling ou encore de nombreux voyageurs, me voici catapulté dans une grande entreprise qui a fait frissonner ma moelle épinière plus d’une fois. 15 jours auparavant, je ne doutais pas une seconde de ce qui se tramait pour mes petites gambettes. Et pourtant, voici que l’occasion de traverser le Pamir à vélo m’est servie sur un plateau d’argent. Probablement pas assez courageux, je n’ose la saisir qu’en compagnie de mon vieil ami Strasbourgeois que je n’ai pas vu depuis 5 ans. Lui aussi se lance dans ce projet et tous deux nous n’avons aucun doute sur notre entente dans ce projet où il va falloir se serrer les coudes. L’aventure commencera alors par nos retrouvailles à l’aéroport d’Istanbul.

Me voici prêt à en découdre, la boule au ventre, totalement ignare de se qui pourrait suivre et de ce qui va suivre pour sur… Pourtant,  les premiers kilomètres, les premiers coups de pédales démêlent ce sac de nœud que j’ai dans l’estomac et qui me pesait tellement. Maintenant, et comme à chaque fois que je pars dans de nouvelles contrées, je suis comme un gosse qui part à la découverte du monde, des saveurs de la vraie vie, et qui porte un regard ingénu sur ce qui l’entoure. J’embrasse ce nouveau monde et je chéris la moindre expérience qui est à prendre avec la risque de passer pour un sot, mais ça à vrai dire je m’en fou pas mal.

[Il est bien regrettable de ne plus s’extasier comme ça dans endroits que l’on côtoie quotidiennement. En tant que photographe je me promets aujourd’hui de regarder l’endroit où je vis et les gens que je côtoie avec ce nouvel œil, cette nouvelle dimension. On vit dans le monde que l’on se crée et qu’on perçoit. Je suis le créateur de mon propre univers]

Je pousse tout le monde à voyager à vélo, c’est un véritable catalyseur de vie. J’ai probablement vécu plus de situations et rencontré de gens le temps de ce voyage que tout au long de l’année passée. En tout cas j’ai la forte impression qu’on est plus immergé dans le décor quand on se déplace à vélo que lorsqu’on est à pied ou en voiture. Le sentiment de l’instant présent accompli, la complétude à l’état pur, sorte de méditation active et de transformation du soi. Serais-je juste plus ouvert et réceptif qu’à mon habitude ?

Evidemment Au cours de ses km parcourus j’ai enduré des moments de souffrance tout comme j’eu envie d’exploser de joie quand ce bien être ma submergé à plusieurs reprises. Encore une fois, le voyage à vélo m’aura transporté dans des états d’âmes très divergents les uns des autres. C’est ce qui est d’ailleurs plutôt excitant à vélo de passer dans la même journée par des phases pas cool à l’extrême opposé. Peut être qu’on a le sentiment de plus les ressentir parce qu’on est dans l’effort… ?

Certainement à cause de l’eau souillée, on a été malade plus d’une semaine au départ du voyage. Entre fièvre repos et autre chiasse dont je vous passerai les détails, il a été assez difficile de garder un rythme et de monter le premier col à 3200m bien raide sous la chaleur. L’état des pistes dans ces moments là n’était vraiment pas des plus accueillantes. Du coup quand on a attaqué la partie en altitude dans un état normal, on a presque senti qu’on s’envolé aux côtés des hauts sommets…la rage de bouffer du dénivelé.

Quelle étrangeté de voyager de façon si lente, de ralentir la cadence de la vie le temps d’un soupir… et pourtant la vie devient si riche tout à coup. A l’image du cycliste qui prend une bouffée d’air pur en haut du col avant la redescente dans la vallée, le temps du voyage je mets ma vie entre parenthèses (ou alors j’en démarre une nouvelle que l’on rêverait de ne plus arrêter). Syndrome du voyageur qui a vécu une overdose d’expériences ou bien simplement fainéantise de reprendre le travail ? Quoi qu’il en soit le retour est synonyme de douche froide.

Sentiment de frustration quand au retour on explique le voyage aux amis. J’ai le sentiment de ne pas pouvoir captiver l’attention ou de ne pas réussir à exprimer ce que j’ai pu voir et ressentir là bas. J’ose penser que les photos les imprègneront un peu plus dans mon voyage que par de simples mots. Après tout la photographie doit servir à combler cette incapacité à expliquer un instant vécu.

Photographiquement parlant, il m’a parfois était difficile de m’impliquer à 100% dans la recherche de sujets, sourires, paysages. A la base je suis dans le Pamir pour faire ces 1700km de vélo. Il est évident que la plupart du temps aura été passé sur le vélo ; Corolaire : De nombreuses fois pour x raisons qui sont liées au voyage à vélo je ne me suis pas arrêté, je n’ai pas pu ou je n’ai pas voulu… Il y a des lumières et des lieux que je me serais appropriés un peu plus ; des moments que j’aurais volontiers rallongés. Paradoxalement la traversée de l’espace sur un deux roues est bien plus rapide qu’on ne l’imagine. Elle est à mon sens en tout cas bien relative au regard qu’on porte sur ce dernier : au début du voyage, le rythme effréné de la vie occidentale nous colle si fort à la peau qu’on veut à tout prix avancer, avancer, avancer… avaler les kilomètres et voir défiler le paysage. Avec le temps c’est un peu l’inverse qui se produit.

Je garderai un souvenir pur de l’authenticité des gens rencontrés et de la pureté des paysages désertiques et souvent vierges. J’ai pris un plaisir immense à regarder les gens, les  observer avec curiosité.  Les gens beaux. Je regrette juste de ne pas avoir appris un peu de russe avant mon départ.

 

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Je me souviens de ce premier coup de pédale à Dushambe, où d’ailleurs on s’est gourré en ne prenant pas la bonne route..

Je me souviens de ce chauffeur de taxi qui me crie dessus à plusieurs reprises parce qu’il s’avère que je voulais aller pisser prêt d’un terrain miné…

Je me souviens de ce moment, malade dans le taxi à fond de balle de nuit sur cette piste pourrie qui longe la frontière afghane, musique à fond avec le chauffeur sa femme et ces 5 enfants + mon vélo…

Je me souviens de cette soirée de bivouac fantastique après Alichur, lumière dorée et immensité de steppe.

Je me souviens de ces deux intrépides polonais avec qui nous nous sommes tapé d’immenses barres de rires. Vous en tenez une sacrée couche les gars…

Je me souviens de ce moment magique pendant la montée du col à 4650m lorsqu’après la mini tempête de neige, les sommets environnants percent et se dévoilent sous leurs meilleurs angles

Je me souviens de cet homme qui nous a apporté à manger quand on était en train de se reposer à l’ombre sous les arbres car malade

Je me souviens de ces visages qui ont changé au cours du voyage, au fur et mesure que l’on s’approche des frontières et qu’on les traverse les formes changent, les yeux se brident

Je me souviens de ce moment où la pharmacienne nous sort par magie ce putain d’antibiotique salvateur. Nos visages se sont illuminés comme si on venait de gagner au loto…

Je me souviens de ces 3 cons de russes complètement ivres morts avec qui ont a failli se battre au détour d’un virage pendant la montée du col avant le lac Son Koul

Je me souviens de ces innombrables visages qui m’ont souris, de ces mille visages qui ont changé au cours du voyage. Au fur et mesure que l’on s’approche des frontières et qu’on les traverse les formes changent les yeux se brident et les pommettes rougeâtres des kirghizes apparaissent

Je me souviens de ces putains de pistes en tôle ondulées qui nous ont fait littéralement péter un câble…

Je me souviens de ces shoots de Vodka un peu forcés par les Kirghyzes lors de la descente d’un col et surtout après 1800m de dénivelé positif…après je me souviens plus vraiment  sauf de la chute à vélo qui a été fatale pour mon 35mm f1.4

Je me souviens de cette soirée sympa en compagnie des suisses en side car et de leur guide Elvira. Il y a des personnes que vous rencontrez peu de temps mais au fond de vous vous êtes certains qu’elles sont bonnes

Je me souviens de ce moment, tiraillé entre contentement, contemplation et nostalgie du voyage qui se termine quand un matin, au passage du dernier col au Kirghizstan avant de redescendre en plaine et retrouver la ville, il y avait un silence parfait, j’attendais mon pote qui était derrière à quelques minutes. Etrange méli mélo de sentiments

Je me souviens de ces cols gagnés à la force des dizaines de snickers qu’on aura avalé(…)

Je me souviens des bons moments passés à Bishkek et aux dizaines de parties de ping pong que j’ai gagné contre JB J

Je me souviens de plein d’autres choses mais celles là je les garde pour moi !

Pour toutes ces belles personnes que j’ai pu rencontrer,  merci

En espérant que ce reportage photo, ces lieux, ces visages vous transportent autant que je l’ai été.

 

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